Pas le temps de tout lire ? Voici un bref résumé.
- La trypophobie est une aversion marquée pour les motifs de petits trous serrés, plus souvent du dégoût que de la “peur”.
- Elle peut provoquer nausées, palpitations, frissons, panique et conduire à l’évitement de certaines images ou situations.
- Les causes possibles combinent mécanismes évolutionnistes, hypersensibilité visuelle et vécu psychologique.
- Une prise en charge psychologique (surtout TCC et exposition graduelle) aide souvent à réduire l’intensité des réactions.
- Techniques de respiration, relaxation, aménagement visuel et soutien des proches peuvent alléger le quotidien.
Comprendre la trypophobie : peur des trous ou phobie visuelle particulière ?
Imagine quelqu’un comme Élise qui se sent soudain mal à l’aise devant une simple photo de fleur de lotus. Pas un léger “beurk”, mais une vraie montée d’angoisse, le cœur qui s’emballe, la peau qui picote. C’est souvent comme cela que la trypophobie se manifeste : une réaction intense face à des motifs de trous regroupés, même parfaitement inoffensifs.
La trypophobie désigne une aversion marquée – parfois phobie – pour les surfaces couvertes de petits trous ou cavités rapprochés : nid d’abeilles, certaines éponges naturelles, bulles concentrées sur une mousse de savon, peau de certains fruits ou graines, voire effets visuels générés sur ordinateur. Ce ne sont pas les trous isolés qui posent problème, mais leur répétition serrée.
Les personnes concernées parlent souvent plus de dégoût violent que de peur classique. Pourtant, sur le plan psychologique, la trypophobie se rapproche des phobies spécifiques : un stimulus précis déclenche une réponse anxieuse disproportionnée, avec une forte envie d’éviter l’objet ou l’image.

Trypophobie : images typiques et situations déclenchantes
Les déclencheurs varient beaucoup d’une personne à l’autre. Certains ne réagissent qu’à des images extrêmes, d’autres sont sensibles à des objets très courants. Élise, par exemple, évite les rayons “soins de la peau” à cause des photos de pores très zoomés sur les packagings.
Parmi les déclencheurs fréquents, on retrouve :
- Motifs naturels : nid d’abeilles, certains champignons, éponges marines, graines de lotus, mousse aérienne très bullée.
- Objets du quotidien : mousse de savon, fromages à trous, pain rempli de petites alvéoles, tissus perforés.
- Images grossies de pores de la peau, boutons, lésions cutanées ou infestations (souvent retouchées de manière sensationnaliste sur internet).
- Visuels artificiels générés par ordinateur : motifs hypnotiques, textures en 3D, rendus “organique + troué”.
Cette variété explique pourquoi certaines personnes découvrent par hasard leur sensibilité, au détour d’un réseau social ou d’une publicité. L’important à retenir : ce n’est pas un “caprice”, mais une réaction automatique du système nerveux.
Symptômes de la trypophobie : du simple malaise aux crises d’angoisse
La trypophobie ne se limite pas à un “je n’aime pas ça”. Les réactions peuvent être viscérales et immédiates. Le corps, lui, ne fait pas semblant.
Manifestations physiques : quand le corps sonne l’alerte
Lorsqu’Élise tombe sur une vidéo remplie d’images trouées, la réaction est quasi instantanée : accélération du rythme cardiaque, respiration plus courte, mains moites. Ce tableau correspond à l’activation du système nerveux autonome, comme face à un danger.
Les symptĂ´mes courants incluent :
- Palpitations, tachycardie, parfois sensation d’oppression thoracique.
- Nausées, vertiges, mal de tête diffus, parfois envie de vomir.
- Sueurs, frissons, tremblements, agitation motrice.
- Picotements cutanés, démangeaisons, sensation de “peau qui rampe”.
Ces réactions ne disent rien de la “force de caractère” de la personne. Elles illustrent surtout la vitesse à laquelle le cerveau peut interpréter un motif comme menaçant, même si, rationnellement, on sait qu’un nid d’abeilles sur photo ne va rien faire.
Réactions émotionnelles et comportements d’évitement
Sur le plan émotionnel, la trypophobie s’exprime par un mélange de peur, dégoût et malaise. Chez certaines personnes, c’est la panique pure ; chez d’autres, un profond inconfort avec un réflexe de fuite.
Conséquences fréquentes :
- Angoisse anticipatrice : appréhension à l’idée de croiser des motifs troués (publicités, photos médicales, films).
- Évitement de certains lieux, sites web, comptes de réseaux sociaux ou activités (randonnée, plongée, musées, etc.).
- Honte d’en parler, peur de “ne pas être pris au sérieux”, ce qui renforce l’isolement.
Avec le temps, cet évitement peut prendre de la place dans la vie quotidienne, influencer les choix professionnels ou sociaux et nourrir un sentiment de perte de contrôle.
| Type de symptĂ´mes | Manifestations typiques | Impact possible au quotidien |
|---|---|---|
| Physiques | Palpitations, sueurs, nausées, tremblements, frissons | Fatigue, appréhension de nouvelles expositions, repli |
| Émotionnels | Dégoût intense, peur, panique, sentiment de menace | Baisse de confiance, sentiment de “ne pas être normal” |
| Comportementaux | Évitement, isolement, vérifications visuelles compulsives | Restriction d’activités, tensions dans les relations |
Repérer ce trio physique–émotion–évitement est une étape clé pour comprendre si la trypophobie commence à devenir vraiment handicapante.

Causes de la trypophobie : entre héritage évolutif, cerveau sensible et histoire personnelle
Pourquoi certains voient un simple motif graphique, quand d’autres ressentent une menace diffuse ? Les recherches récentes pointent une origine multifactorielle : biologique, neurologique, psychologique et… culturelle.
Hypothèse évolutionniste : une ancienne alarme de survie
Plusieurs équipes de recherche ont observé que beaucoup d’images déclenchant la trypophobie ressemblent à des signaux de danger naturels. Par exemple, certains animaux venimeux (serpents, amphibiens, insectes) et certaines maladies de la peau montrent des motifs de taches, trous, pustules ou alvéoles.
L’idée centrale : au fil de l’évolution, le cerveau humain aurait développé une sensibilité particulière à ces configurations visuelles, car elles pouvaient signaler :
- la présence d’animaux toxiques ou agressifs,
- des parasites ou infestations,
- des lésions infectieuses à éviter.
Cette “alarme” serait encore présente chez tout le monde, mais plus ou moins amplifiée selon les individus. Chez certains, elle deviendrait une véritable phobie.
Hypersensibilité visuelle et réactions du cerveau
La trypophobie s’inscrit souvent dans un terrain de stress chronique déjà présent, qui amplifie les réactions du système nerveux
Des travaux en neurosciences suggèrent que, chez les personnes trypophobes, certaines zones du cortex visuel et de l’amygdale (centre de la peur) s’activent plus fortement face aux motifs de trous répétitifs. Le cerveau traite alors ces images comme une sorte de “danger visuel ambigu” à neutraliser au plus vite.
Ce type de fonctionnement est souvent associé à une sensibilité sensorielle globale plus marquée : bruits forts, lumière vive, mouvements rapides… Tout ce qui surcharge le système perceptif peut être plus difficile à gérer. La trypophobie serait alors une manière particulière dont cette sensibilité se manifeste.
Rôle des expériences de vie et du contexte émotionnel
Chez d’autres, la trypophobie semble reliée à des souvenirs gênants ou traumatiques. Un enfant moqué après avoir vu des images choquantes, une expérience médicale marquante, ou une exposition forcée à des contenus répugnants peuvent laisser une empreinte durable.
Avec le temps, le cerveau associe le motif troué à une émotion désagréable et renforce cette connexion à chaque nouvelle exposition. C’est ce qu’on appelle un conditionnement négatif. Plus la personne évite, plus la peur reste intacte, voire augmente.
Les réseaux sociaux jouent aussi un rôle : certaines images de “peau trouée” retouchée, pensées pour faire le buzz, sont particulièrement agressives pour le système nerveux. Une simple curiosité peut alors se transformer en sensibilité persistante.
Diagnostic de la trypophobie : quand parler réellement de phobie ?
À ce jour, la trypophobie n’est pas toujours reconnue comme un trouble distinct dans les manuels diagnostics, mais elle est souvent rattachée à la catégorie des phobies spécifiques. Pour les personnes concernées, l’étiquette importe moins que l’impact concret sur la vie quotidienne.
Signes qui orientent vers une phobie spécifique
Les professionnels de santé mentale s’appuient sur plusieurs critères pour déterminer si l’on dépasse le simple “dégout” :
- Peur ou aversion intense et persistante face aux motifs troués.
- Réaction anxieuse immédiate à l’exposition (ou à l’anticipation) : malaise, panique, envie urgente de s’éloigner.
- Caractère disproportionné de la réaction par rapport au danger réel.
- Évitement marqué ou support des situations au prix d’un stress important.
- Durée des symptômes d’au moins plusieurs mois.
- Retentissement sur la vie sociale, professionnelle, familiale ou les loisirs.
Quand ces éléments sont réunis, la trypophobie n’est plus une simple sensibilité, mais un facteur réel de souffrance psychique.
Comment les professionnels évaluent la trypophobie
En pratique, un psychologue ou un psychiatre peut proposer :
- des questionnaires sur les réactions physiques, émotionnelles et les stratégies d’évitement ;
- une exposition contrôlée à quelques images pour observer les réactions, si la personne s’y sent prête ;
- un entretien approfondi sur l’histoire personnelle, les autres anxiétés éventuelles, les facteurs de stress actuels.
Cette étape permet de distinguer une trypophobie isolée d’un tableau plus global d’anxiété généralisée, de trouble panique ou d’autres phobies. Elle ouvre aussi la porte à un accompagnement adapté, au lieu de rester seul avec le problème.
Impact de la trypophobie sur le quotidien : quand la peur des trous prend trop de place
Pour certaines personnes, la trypophobie reste modérée et se limite à quelques situations rares. Pour d’autres, comme Élise, elle finit par s’inviter au travail, dans les loisirs, jusque dans les relations sociales. Une charge mentale élevée peut également réduire la capacité du cerveau à filtrer les stimuli visuels agressifs
Vie sociale, travail, loisirs : des ajustements permanents
La peur des motifs troués peut entraîner des conséquences surprenantes. Refuser des sorties, éviter certains restaurants, contourner quelques tâches professionnelles… Tout cela finit par se cumuler.
On observe notamment :
- un tri systématique des contenus visuels (réseaux sociaux, séries, jeux vidéo, documentaires) ;
- des tensions relationnelles lorsque l’entourage banalise ou se moque (“Mais regarde, c’est rien du tout !”) ;
- parfois une réorientation subtile des choix professionnels pour fuir certains environnements (laboratoires, métiers graphiques, esthétique, etc.).
Ce n’est pas la trypophobie en elle-même qui “bloque une vie”, mais le cercle évitement–honte–isolement qui peut s’installer en toile de fond.
Charge émotionnelle et estime de soi
Vivre avec une phobie peu connue et parfois tournée en dérision sur internet peut être lourd. Beaucoup se demandent : “Pourquoi réagir si fort à quelque chose d’aussi banal ?”. Cette incompréhension de soi nourrit souvent :
- un sentiment de différence ou de fragilité,
- une tendance à minimiser sa souffrance (“ce n’est pas si grave, d’autres ont pire”),
- un risque de fatigue émotionnelle, voire de symptômes anxieux plus généraux.
Reconnaître objectivement cet impact, sans dramatiser ni banaliser, est une étape importante pour envisager des solutions concrètes plutôt que de subir.
Solutions psychologiques : comment apaiser la trypophobie de manière progressive
Il n’existe pas de “coup de baguette magique”, mais plusieurs approches ont montré leur utilité pour réduire l’intensité des réactions et reprendre de la liberté. L’enjeu n’est pas de “ne plus jamais rien ressentir”, mais de ne plus être débordé à chaque exposition.
Thérapies cognitives et comportementales (TCC)
Les TCC sont aujourd’hui l’un des cadres les plus utilisés pour accompagner les phobies spécifiques. L’idée est double : agir sur les pensées automatiques et sur les comportements d’évitement.
Concrètement, un accompagnement peut inclure :
- l’identification des pensées catastrophistes (“Je vais m’évanouir”, “Je vais perdre le contrôle”) et leur remise en perspective ;
- un travail sur les images mentales associées à ces motifs (souvenirs, associations, croyances) ;
- des expériences comportementales progressives pour tester, en situation réelle ou imaginaire, la capacité à supporter l’inconfort.
Beaucoup de personnes découvrent qu’elles peuvent développer de nouvelles compétences de gestion de l’angoisse, même si la sensibilité de fond reste présente.
Thérapie d’exposition graduelle : apprivoiser les images déclenchantes
Dans les phobies spécifiques, la désensibilisation progressive est une technique clé. Elle consiste à s’exposer de manière volontaire, répétée et graduée aux motifs qui font peur, dans un cadre sécurisé.
Par exemple, pour la trypophobie :
- commencer par parler des images sans les voir ;
- regarder des dessins stylisés avec peu de détails ;
- passer ensuite à des photos peu chargées, puis plus intenses ;
- enfin, affronter des déclencheurs plus forts (vidéos, gros plans) si c’est utile à la personne.
Cette exposition se fait souvent en parallèle de techniques de respiration, de relaxation ou de pleine conscience, afin d’apprendre à rester présent même quand l’inconfort monte.
Place éventuelle des médicaments et rôle des approches complémentaires
Dans certaines situations très invalidantes, un médecin ou un psychiatre peut envisager des médicaments contre l’anxiété ou des antidépresseurs. Ils n’effacent pas la trypophobie mais peuvent aider à réduire l’intensité globale de l’angoisse, le temps de mettre en place un travail psychologique de fond.
En parallèle, certaines approches non médicamenteuses peuvent soutenir la gestion du stress général : méditation de pleine conscience, sophrologie, hypnose, respiration guidée, parfois acupuncture. Leur objectif n’est pas de “guérir la phobie”, mais de renforcer la capacité du système nerveux à revenir au calme.
Dans tous les cas, un point reste essentiel : les personnes présentant une pathologie chronique, une grossesse, un trouble psychiatrique déjà suivi ou un traitement en cours doivent impérativement échanger avec un professionnel de santé avant toute modification, afin d’éviter les interactions ou mauvaises surprises.
Certaines personnes complètent leur approche par des plantes reconnues pour le stress et l’anxiété, en complément d’un suivi adapté.
Stratégies naturelles et d’auto-gestion : apprivoiser la trypophobie au quotidien
En complément d’un éventuel accompagnement thérapeutique, plusieurs outils simples peuvent aider à mieux vivre avec la trypophobie, surtout dans une démarche de biohacking raisonné : observer, ajuster, tester en douceur ce qui fonctionne pour soi.
Un sommeil perturbé par le stress chronique peut accentuer la sensibilité émotionnelle et sensorielle.
Respiration, ancrage et régulation du système nerveux
Lorsqu’un déclencheur surgit (publicité, story, scène de film), la première ressource est souvent… la respiration. Elle agit comme un levier direct sur le système nerveux autonome.
Un protocole simple, Ă adapter Ă son rythme :
- Inspirer par le nez sur 4 secondes, en sentant le ventre se gonfler.
- Retenir l’air pendant 4 à 7 secondes (sans forcer).
- Expirer lentement par la bouche sur 6 à 8 secondes, comme si l’on soufflait dans une paille.
Répété quelques fois, cet exercice peut réduire la boucle de panique. Ajouter un ancrage sensoriel (sentir le contact des pieds au sol, observer cinq objets autour de soi) aide aussi à revenir dans le présent plutôt que dans la réaction émotionnelle.
Aménager son environnement visuel
Tout l’enjeu n’est pas d’éviter toute exposition, mais de retrouver un sentiment de sécurité globale. Quelques ajustements peuvent néanmoins faire une vraie différence :
- filtrer certains contenus en ligne (pages ou comptes qui publient régulièrement des images agressives ou “choc”) ;
- adapter sa décoration si certains objets ou motifs sont trop déclenchants (changer un tableau, un tapis, un fond d’écran) ;
- prévenir des proches ou collègues de confiance pour éviter les “blagues visuelles” non consenties.
Ces adaptations ne sont pas une fuite, mais une manière de reconstruire progressivement un espace sécurisant, pour ensuite travailler, si on le souhaite, sur des expositions maîtrisées.
Soutien social et compréhension de l’entourage
Parler de trypophobie n’est pas toujours simple. Beaucoup ont peur de ne pas être pris au sérieux. Pourtant, le simple fait de pouvoir dire : “Cette image me met vraiment mal à l’aise, peux-tu la faire disparaître ?” est déjà un acte de protection saine.
Quelques pistes :
- expliquer calmement ses réactions à un ou deux proches de confiance ;
- rejoindre, si souhaité, un groupe d’échange (en ligne ou en présentiel) autour des phobies et de l’anxiété ;
- noter dans un journal les situations, émotions et ressources utilisées pour mieux repérer ses propres schémas.
L’objectif n’est pas d’en faire un sujet central de sa vie, mais de ne plus être seul face à une expérience qui, même méconnue, est plus répandue qu’on ne le croit.
La trypophobie n’est ni un caprice ni une simple aversion visuelle. Elle reflète une réaction automatique du système nerveux face à certains motifs perçus comme menaçants. Si son intensité varie d’une personne à l’autre, son impact peut devenir réel lorsqu’elle s’accompagne d’évitement et d’angoisse anticipatrice. Une meilleure compréhension du mécanisme, des ajustements concrets et, si besoin, un accompagnement psychologique permettent souvent de retrouver de la liberté au quotidien. En cas de souffrance persistante, l’avis d’un professionnel de santé reste une étape clé.
